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Interview, Agnes Obel

Date de publication : 13 novembre 2013 | Keywords : / / / / /

Agnes obel aventine II crumb mag

Quelques minutes avant la tombée de la nuit, dans le salon feutré d’un hôtel parisien, nous avons rencontré Agnes Obel à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Aventine, successeur solide de Philharmonics, grand succès de la Danoise en 2010. Nous avons discuté de la poésie de son travail, de danse et de contes. Un entretien marqué par le calme et la douceur du personnage.

D’où vient le terme Aventine et en quoi symbolise-t-il le disque dans son ensemble ?
C’est le nom d’une des chansons de l’album, celle que j’ai écrite en premier. Ça parle de comment apprendre à travailler en suivant son instinct, son intuition, à avancer dans une direction sans but précis. C’est quelque chose en quoi je crois profondément. La chanson est enjouée, joyeuse mais elle possède aussi une part de danger, quelque chose de sombre et c’est un peu l’état d’esprit dans lequel je me trouve quand je travaille. Concernant le titre en lui-même, je trouve le mot “Aventine” très joli. C’est le nom d’une colline de la Rome antique (l’Aventin, ndlr), je ne savais pas qu’elle existait encore, j’en avais seulement entendu parler dans de vieux poèmes. Je me suis dit que ça ferait un bon titre, une bonne image pour cette chanson.

Pourquoi ne pas l’avoir fait figurer sur la pochette de l’album ?
Au début, j’avais effectivement pensé à mettre une photo de L’Aventin pour la pochette de l’album, j’avais trouvé une vieille photo sur internet, mais j’en ai parlé à mon copain Alex qui avait suivi de près l’enregistrement de l’album et qui m’a dit “cet album parle de toi, pas d’une montagne ! On devrait te voir toi, mais pas très distinctement” et j’ai suivi son conseil. C’est lui qui a pris la photo dans une ancienne fabrique avec une lampe comme seul éclairage, rien de très technique donc. Elle devait être en noir et blanc, mais cette couleur rouge et humide nous a paru très intéressante, la photo dégage quelque chose de très puissant sans qu’on sache vraiment pourquoi. C’est pour cela que nous l’avons gardée.

Parle-nous de l’intro de l’album, Chord Left, tu l’as composée en tant que tel ou tu l’as juste ajoutée à la fin ?
C’est une de mes chansons préférées dans l’album. Elle n’a pas été conçue comme une introduction mais je me suis dit qu’elle devait figurer au tout début de l’album car j’ai trouvé que c’était un bon aperçu du reste de l’album.

Parle-nous de la place du violoncelle dans ta musique.
J’ai commencé à m’intéresser de près au violoncelle car je trouve cet instrument fascinant. Je peux faire tellement de choses avec : jouer une contrebasse, une voix, comme une pulsation, un beat. donc c’était très excitant d’intégrer cet instrument dans mes chansons, car je ne composais principalement qu’au piano avant.

Tu en avais déjà joué avant de composer Aventine ?
Ce n’est pas moi qui en joue sur l’album, je ne joue que du piano mais j’aime beaucoup la combinaison entre le piano et le violoncelle. Il y en avait déjà sur Philarmonics mais on en entend beaucoup plus sur Aventine. Cette fois, j’ai vraiment voulu lui donner une place prépondérante, ne pas simplement l’utiliser comme extra dans une chanson. De nombreuses chansons de l’album se sont d’ailleurs construites autour d’une partition de violoncelle.

Ta musique est très atmosphérique, très hivernale.
Quand je compose, je ne pense pas à une saison en particulier. Mais j’aime l’automne plus particulièrement. Une atmosphère très poétique se dégage des jours de grand ciel bleu quand les feuilles rougies sont éclairées par le soleil.

Tes albums sonnent comme des BO de films, est-ce que tu penses ta musique comme pouvant être potentiellement mise en image ?
Pas nécessairement mais j’aime beaucoup la conversation entre un film et une musique, cette sorte d’interaction, la façon dont une musique peut imprégner l’atmosphère d’un film et vice-versa. Mais je ne compose pas en me disant que ça ferait une bonne musique de film, je trouve juste l’interaction très intéressante.

Cela t’intéresserait d’en composer une ?
Oui l’idée me plaît beaucoup, ça pourrait être très amusant à faire !

Tu nous parlais d’apprentissage un peu plus tôt, et c’est un sujet que tu abordes souvent, de quoi as-tu appris ?
Ce n’est pas facile comme question, on ne me l’avait jamais posée celle-là ! (rires) Mais c’est vrai que c’est un sujet qui me tient à cœur. Il y a quelque chose dans l’apprentissage tiré d’une expérience que je trouve fascinant. Personnellement, cela me donne beaucoup d’inspiration pour mes albums. J’aime vraiment l’idée de se lancer dans quelque chose sans savoir comment cela va se terminer. J’aime croire que ce n’est pas grave de ne pas savoir, c’est  cette manière que je raisonne. J’ai beaucoup appris de ma propre musique, de mes concerts, des festivals dans lesquels j’ai joué. J’ai également acquis quelques compétences techniques très ennuyeuses, l’amplification d’instruments volumineux comme le piano par exemple.

Tu aimes la danse ?
Oui j’adore ça. Les films de Pedro Almodovar m’ont beaucoup inspirés, comme Tout sur ma mère par exemple où l’on voit cette vieille dame tellement belle et tellement expressive danser au début du film. Ce serait extraordinaire de tourner un clip dans cet esprit, c’est une idée que j’ai depuis un moment, je n’ai juste pas encore trouvé le danseur qui me convient. Il faudrait cela dit le filmer correctement car cela peut vite tourner au ridicule ! Mais pour en revenir à Pedro Almodovar et à ce qu’on disait tout à l’heure, j’aime beaucoup la façon dont il utilise la musique dans ses films, l’importance qu’il lui accorde.

Ton pays le Danemark est connu pour ses contes, quel est ton préféré ?
J’aime beaucoup les contes de Christian Andersen, surtout La Reine des neiges. Il raconte l’histoire d’un petit garçon au cœur pur qui a des morceaux de miroirs aux reflets déformés coincés dans ses yeux et dans son cœur, ce qui fait que tout ce qu’il voit est brisé. Il est retenu prisonnier dans le château de la reine et son amie part à sa recherche pour le délivrer. C’est un conte très effrayant mais qui nous apprend comment grandir, comment voir le monde à travers un miroir brisé, c’est une image très intéressante.

Y a-t-il une tradition de ton pays à laquelle tu es particulièrement attachée ?
Il y a une tradition que j’adore au Danemark, c’est le Sankt Hans (Fête de la Saint Jean, ndlr). Elle remonte à l’époque païenne où le Danemark n’était pas encore chrétien. Le 23 juin, les danois font des grands feux sur les plages pour “chasser les sorcières” mais c’est surtout un prétexte pour boire, s’amuser et chanter des chansons, c’est un grand moment de convivialité ! C’est aussi notre façon à nous de fêter le début de l’été.

Propos recueillis par Bastien Internicola
Traduction :  Maxime Rosenfeld
Merci à Hector Ouvry et à PIAS France

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